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d'immunologie et allergie
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Une piqûre qui vous veut du bien

Injectés dans le sang pour "apprendre" à notre corps à se défendre de la maladie, les vaccins sont parfois découverts en quelques semaines (grippe) ou demandent des années de recherche (sida, hépatite C). Pour quelles raisons?


Depuis les campagnes d'inoculation de la variole du XVIIe siècle, risquées et aux résultats discutables, jusqu'aux recherches menées actuellement dans l'immunisation contre le sida, l'être humain n'a cessé de progresser dans le domaine de la vaccinologie.

Néanmoins, les avancées techniques ne permettent pas encore de développer n'importe quel vaccin en quelques semaines, comme pour la grippe saisonnière, par exemple. C'est le cas du sida, qui résiste toujours après plus de vingt-cinq ans de recherche mondiale. Le CHUV, et plus particulièrement son Service d'immunologie et allergie, joue un rôle de première importance dans cette quête.

«Dans la recherche d'un vaccin contre le virus du sida, on rencontre toujours trois difficultés principales, explique le Professeur Giuseppe Pantaleo, chef du Service en question. La première, c'est la nature biologique du pathogène que l'on cherche à combattre. La deuxième, c'est la possibilité ou non de pouvoir développer le vaccin à partir du virus non virulent. Et la troisième, qui en découle, c'est la difficulté de parvenir à reproduire en laboratoire une structure synthétique du virus qui puisse provoquer la réponse immunitaire adéquate de la part de l'organisme.»

Neutraliser la maladie, ou en créer un clone inoffensif


Aux origines de la vaccination moderne, dans les années 1950, les premiers vaccins furent élaborés à partir de pathogènes vivants: la solution consistait à rendre le pathogène suffisamment peu virulent pour pouvoir l'injecter dans le corps du patient, permettant au système immunitaire de ce dernier de produire les bons anticorps, sans toutefois prendre le risque de voir se développer la maladie.

Une méthode qui, même si elle demande peu de temps de développement tout en démontrant d'excellents résultats, possède néanmoins de nombreuses limites: «Il est en effet impensable d'utiliser de tels vaccins sur des patients dont le système immunitaire est grandement affaibli, notamment dans le cas de chimiothérapies ou de traitements à base d'immunosuppresseurs», confirme le Prof. Pantaleo. De plus, nous pensons que certains virus comme celui du sida, même dans une forme non virulente, ont en principe la possibilité de réacquérir de la virulence en utilisant le matériel génétique de la cellule infectée. Le virus du sida n'est pas le seul, précise le Prof. Pantaleo. En effet, il existe encore de nombreuses maladies pour lesquelles il reste beaucoup à faire pour découvrir un vaccin, comme le cytomégalovirus ou l'hépatite C.

Ces agents pathogènes possèdent en outre de nombreux systèmes de défense qui leur permettent de se camoufler aux yeux de notre système immunitaire, ou de littéralement le déborder en se multipliant extrêmement rapidement, avec à chaque fois de petites variations qui font que notre système immunitaire est systématiquement en retard sur le développement dans le contrôle du pathogène. Face à ce constat, les chercheurs se sont tournés vers une nouvelle méthode: modéliser une copie de l'agent pathogène 100% synthétique, capable de stimuler la réponse immunitaire sans danger.

Un défi énorme, tant les structures de ces virus sont complexes. «Dans le cas du sida, le but est d'apprendre à notre système immunitaire à reconnaître l'enveloppe du virus, dont ce dernier se sert pour attaquer les cellules de notre système immunitaire, détaille le Prof. Pantaleo. Mais cette enveloppe est recouverte d'une structure qui la camoufle. De plus, l'intérieur de l'enveloppe du virus est constitué de trois molécules qui tiennent ensemble de manière mystérieusement stable.» On comprend la difficulté de reproduire un ennemi qui se cache. Mais les résultats sont enfin là: «Aujourd'hui, les derniers essais cliniques prouvent que nous arrivons à une efficacité de l'ordre de 32%, mais nous avons besoin d'un taux de réussite de l'ordre de 50 à 60% pour être véritablement significatif, annonce le prof. Pantaleo. Imaginez le progrès si nous parvenons à réduire le nombre de nouveaux malades du sida de moitié, ne serait-ce qu'en Afrique!»

On ne prend plus de risque


L'attention portée à la sécurité de la population est également une des raisons qui expliquent le «ralentissement» de la recherche en vaccinologie.

«Autrefois, lorsque vous inoculiez la variole à toute une population, vous preniez d'énormes risques.» Des résultats qui expliquent une réticence vivace mais désormais anachronique nourris par une frange de la population envers le principe de la vaccination, ou la peur qui peut saisir les proches des volontaires pour les phases de tests cliniques, lorsque le vaccin est encore en développement.

Or, le message des professionnels est des plus clairs: «Aujourd'hui, les contraintes en ce qui concerne le développement des études cliniques sont très clairs, continue le Prof. Pantaleo: s'il y a le moindre risque, on ne peut tout simplement pas faire de tests sur un être humain. On connaît mieux les dangers, et il est hors de question de les faire encourir aux volontaires.»

Et le Professeur de conclure: «Certes, on parle beaucoup du sida aujourd'hui, mais il y a tant de maladies qui restent encore dans l'ombre, parce qu'on les croit disparues ou lointaines. Pourtant, l'année passée, 1,7 million de personnes sont mortes de la tuberculose. Il ne faut pas, par conséquent, croire que la recherche s'arrêtera avec la découverte du vaccin contre le sida.» On peut toutefois espérer que la médecine, à l'image du corps vacciné, saura tirer les enseignements qui s'imposent après une lutte qui aura coûté des milliards de francs, et des années d'efforts acharnés.