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Syndrome oral croisé et allergies alimentaires


Introduction
 

La fréquence des allergies alimentaires est estimée à 0.8 – 2.4% de la population adulte et jusqu’à 8% chez les enfants. La sévérité des réactions est en augmentation au cours des dernières années, probablement en raison des modifications des habitudes alimentaires de la population, en particulier la consommation d’aliments de plus en plus variés et nouvellement introduits (p. ex. fruits exotiques). La généralisation des repas pris à la cantine n’a pas facilité la vie des patients avec allergie alimentaire, car il leur est souvent difficile de pratiquer l’éviction des allergènes auxquels ils sont sensibles, ce qui nécessite une éducation et un suivi parfois difficiles après l’évaluation diagnostique.
 

On peut distinguer trois types principaux d’allergie alimentaire immédiate, IgE-médiée1,2:
 

Type I
 

La sensibilisation a lieu au niveau du tractus digestif, avant que le système immunitaire et la tolérance orale aient terminé leur processus de maturation (enfants de moins de trois ans, avec diathèse atopique).3 Les protéines alimentaires en cause sont relativement résistantes face aux processus digestifs et, souvent, elles sont thermostables. Les allergènes typiques, pour lesquels l’allergie disparaît souvent spontanément et avant l’âge scolaire sont: le lait de vache, l’oeuf et le blé. En revanche, en règle générale, les réactions aux arachides, au soja et aux poissons persistent des années, voire à vie.
 

Type II
 

Il s’agit du syndrome oral croisé (SOC), observé chez des patients sensibilisés à des aliments dont les protéines ont des similitudes avec celles d’aéroallergènes. Ainsi, 50 à 93% des patients allergiques au pollen de bouleau (rhino-conjonctivite, asthme) peuvent développer une allergie alimentaire IgE-médiéeà des aliments tels que pomme, poire, cerise, nectarine, abricot, pruneau, noisette, noix, amande.4
 
L’explication est donnée par des anticorps IgE qui reconnaissent des épitopes (partie de la molécule d’un allergène qui interagit avec le fragment Fab des IgE) communs au niveau des protéines des pollens et des aliments.
 
Dans le cas cité, la molécule responsable de la sensibilisation primaire est Bet v 1 (Betula verrucosa1, allergène majeur du pollen de bouleau).
 

Type III
 

La sensibilisation se fait à partir du tractus gastro-intestinal après obtention de la tolérance orale. Ce type de réaction est plus rare, mais peut survenir même à un âge avancé. De plus, ce type de réaction peut survenir également chez les personnes sans diathèse atopique. En règle générale, ce genre d'allergie est dû à un aliment unique, résistant à la digestion. Exemple: premier épisode d’angioedème de Quincke suite à la consommation de crevettes à l’âge de 68 ans chez un patient non atopique.
 

Diagnostic
 

Le diagnostic de SOC repose avant tout sur une anamnèse détaillée qui guidera les investigations ultérieures: bilan cutané avec aéroallergènes et extraits commerciaux d’aliments, prick to prick avec l’aliment frais et, le cas échéant, dosage des IgE spécifiques.


Allergie alimentaire et syndrome oral croisé
 

Nous allons maintenant nous concentrer sur l’allergie alimentaire croisée. Un patient allergique aux pollens a un risque de l’ordre de 55% d’être ou devenir allergique à un ou certains fruits et légumes. En cas d’allergie à la pêche, le risque d’allergie aux fruits de la même famille (rosacées) est aussi de l’ordre de 55%.5 L’identification des allergènes sous forme recombinante a permis une meilleure compréhension des bases moléculaires et de la signification clinique de l’allergie croisée; les classes d’allergènes les mieux étudiées sont les homologues de Bet v 1, les profilines, les lipid transfer proteins (LTP), la thaumatine (famille des protéines PR-5) et les cross-reactive carbohydrate determinants (CCD) (cf. paragraphe consacré aux allergènes recombinants).
 

Le degré de stabilité des protéines (allergènes) en cause détermine les manifestations cliniques: des protéines très labiles (soit en fonction de la température ou lors de la digestion) conduisent uniquement à des symptômes oropharyngés (tels que sensations de picotement et démangeaison, parfois accompagnées d’angioedème au niveau des muqueuses oro-pharyngées ou des lèvres), que l’on nomme «syndrome oral croisé» (SOC). Les allergènes plus stables peuvent donner lieu à des réactions systémiques comme par exemple le syndrome bouleau/noisette, le syndrome armoise/céleri/carotte/épices ou le syndrome latex/fruits exotiques. Une quantité infime d’allergène alimentaire est potentiellement susceptible de déclencher une anaphylaxie (0.0002 g d’arachide rôtie par exemple), comme cela a pu être démontré par Double Blind Placebo Controlled Food Challenge (DBPCFC), le gold standard pour le diagnostic de l’allergie alimentaire. Le DBPCFC ou test de provocation n’est que rarement utilisé en pratique générale car il n’est pas sans danger et requiert une surveillance stricte, mais il se révèle utile pour la compréhension des phénomènes de l’allergie alimentaire, notamment en recherche.
 

Le Tableau 1 montre quelques possibilités d’allergies croisées entre aliments, pollens et latex. En principe, les aliments appartenant à une même famille ont tous certaines similitudes, néanmoins certains patients réagissent à un seul aliment et d’autres à de nombreux aliments de la même famille. La réaction allergique peut s’exprimer de façon très différente d’un individu à l’autre et, chez un même sujet, en fonction du temps (acquisition de nouvelles allergies) et des circonstances (aggravation par l’effort notamment). Pour faciliter la lecture de ce tableau, il convient de préciser que les réactions croisées les plus fréquentes (en ce qui concerne les pollens) sont dues aux similitudes entre pollens de la famille des bétulacées (bouleau, noisetier, aulne) - fruits non exotiques - oléagineux (noix, noisette, amande) d’une part, et pollens de l’armoise - céleri - carotte d’autre part. Les réactions croisées entre pollens de graminées - nombreux fruits – légumes sont moins fréquentes. Par contre, les réactions croisées entre latex et fruits exotiques sont également très importantes et parfois sévères.
 

Le Tableau 2 décrit quelques syndromes importants d’allergie alimentaire croisée en mentionnant les allergènes en cause. Ces documents ne sont bien sûr pas exhaustifs, l’allergie alimentaire croisée pouvant s’exprimer sous de très nombreuses formes de part sa complexité biochimique. Chaque patient souffrant d’une allergie alimentaire potentiellement sévère doit être soigneusement pris en charge et recevoir des conseils précis concernant l’attitude à adopter quant à l’éviction des aliments responsables de réactions allergiques.
 

Traitement
 

De façon générale, celui-ci repose sur l’éviction de l’aliment concerné. Une tentative de réintroduction selon les modalités de l’immunothérapie spécifiqueorale n’est réservée qu’à des rares exceptions en raison des risques élevés de réactions anaphylactiques graves et de la nécessité de continuer la prise de l’aliment concerné à un rythme quotidien au long terme, afin d’assurer le maintien de la tolérance. Un traitement de l’allergie à l’arachide avec un anticorps monoclonal humanisé IgG1 contre les IgE s’est révélé intéressant, mais son utilisation pratique est fortement limitée par des considérations de type coût-bénéfice.6 En cas d’allergie à un poisson, à titre d’exemple, le risque d’être allergique à un autre poisson est de l’ordre de 50 %, ainsi tous les poissons doivent en principe être évités (à moins que le contraire puisse être prouvé) .5,7 Pour les allergies sévères, un passeport d’allergie sera remis au patient (utilité en particulier en cas de fréquentation d’un restaurant par exemple).
 

En cas de réactions anaphylactiques généralisées graves (stades III et IV ou même stades I ou II avec allergènes puissants et résistants à la cuisson tels que noix, noisettes, amandes, arachides, crustacés, poissons, céleri, carotte et même certains fruits exotiques), les conseils d’éviction et la prescription d’une trousse d’urgence seront stricts (Xyzal cpr. à 5 mg, Epipen autoinjecteur Adulte 0.3 mg et Prednisone cpr. 50 mg).
 

En cas de réactions plus légères (SOC), comme par exemple un prurit buccal, une éviction stricte ne doit pas être exigéeet la cuisson conduit en général à la dénaturation de l’allergène. Il s’agit cependant d’éviter la consommation des aliments incriminés dans les endroits isolés, avant ou lors de l’effort et lors de voyages à l’étranger à risque (pays en voie de développement en particulier).


Y-a-t-il un effet de l’ITS sur l’allergie alimentaire ?
 

La littératurefait état d’études peu nombreuses, souvent non contrôlées et donnant des résultats discordants. Nous en citerons trois qui concernent l’immunothérapie spécifique (ITS) au pollen de bouleau.
 

Une étude italienne portant sur 49 patients et qui a montré une amélioration clinique du SOC (provocation orale «ouverte» à la pomme) dans 84% des cas après ITS au pollen de bouleau.8
 

Une étude hollandaise récente et importante par sa méthodologie.9 Pour la première fois, en effet, l’évaluation de la réponse clinique des patients allergiques au pollen de bouleau et à la pomme a été conduite par provocation en double aveugle (DBPCFC). Après randomisation, 13 patients ont reçu une ITS pendant 1 année, 10 patients un traitement symptomatique (groupe contrôle). Le DBPCF effectué après 1 ana montré une diminution significative du SOC chez 9 patients sur 13 du groupe ITS (avec disparition des symptômes chez 3). Dans le groupe contrôle, aucune diminution significative n’a été observée.
 

Enfin, une étude suisse récente (15 patients) doit être mentionnée.10 Si, come dans les deux études précédentes, l’ITS (pollen de bouleau) s’est révélée efficace pour les symptômes de SOC (pomme, noisette) chez 87 % des patients, la quantité d’aliments tolérée s’est toujours révélée relativement basse. En effet, la quantité moyenne tolérée sans aucun symptôme a passé de 12.6 à 32.6 g de pomme après 1 année d’ITS.
 

En l’état actuel des connaissances médicales, une ITS pollinique n’est recommandée pour l’allergie alimentaire croisée que si le patient présente également des symptômes respiratoires lors de l’exposition aux pollens.


Allergènes recombinants
 

Pour les aliments, la valeur prédictive positive des extraits standard pour prick tests est médiocre, car leur dégradation est rapide. Les tests obtenus avec l’aliment frais (prick to prick) sont nettement plus performants, mais toute standardisation est impossible. L’intérêt des allergènes recombinants (AR) dans l’allergie alimentaire se situe dans ce contexte et permet d’espérer d’avoir à disposition un meilleur matériel diagnostique permettant une meilleure compréhension des réactions croisées.
 

L’identification des allergènes sous forme recombinante a contribué en particulier à mieux identifier les allergènes majeurs et mineurs pour un aliment précis.
 

Le premier allergène alimentaire séquencé a été Gad c 1: il s’agit de la parvalbumine, une protéine qui lie le calcium et joue un rôle dans la contraction des fibres musculaires chez les poissons en particulier et, en moindre mesure, chez les vertébrés supérieurs. Au cours des 15 dernières années un nombre croissant d’AR obtenus grâce aux techniques de génie génétique (faisant appel entre autres aux phages) a pu être mis au point. A présent, plus de 40 AR alimentaires ont été produits.
 

Les tests diagnostiques obtenus avec des AR sont caractérisés par une excellente stabilité et permettent l’identification précise des protéines allergéniques en cause et des réactions croisées, mais l’anamnèse et la clinique demeurent les éléments les plus importants pour apprécier la signification clinique de tout test.11 Les tests cutanés avec AR offrent une meilleure spécificité (atteignant souvent 100 %), car il n’y a en principe pas de risque de contamination par d’autres allergènes.12 Il est devenu possible d’effectuer une démarche diagnostique dont le principe est le remplacement de l’extrait pollinique total par ses composants majeurs et mineurs sous forme recombinante. Les avantages sont: standardisation aisée, stabilité et interactions inter-protéiques contrôlables. Le désavantageest: risque de ne pas contenir tous les allergènes entrant dans la composition d’un aliment. A l'heure actuelle, 7 allergènes du pollen de bouleau ont été décrits. Trois de ces allergènes (Bet v 1, Bet v 2 et Bet v 6) sont connus pour une réaction croisée avec les allergènes alimentaires. Bet v 1, l’allergène majeur du bouleau et ses protéines homologues dans les aliments d'origine végétale tels que la pomme (Mal d 1), la cerise (Pru av 1) et la noisette (Cor a 1) ont été identifiés comme les médiateurs les plus importants de la réaction croisée. La profiline (il s’agit d’un composant du cytosquelette des cellules végétales eucaryotes), initialement identifiée comme l'allergène du pollen de bouleau Bet v 2, est une autre structure moléculaire importante à la base de réactions croisées. Ces découvertes ont fourni la base moléculaire pour confirmer les observations cliniques d'allergies aux fruits et aux noix, le plus souvent liées à l’allergie au pollen de bouleau. Il a ainsi été possible d’identifier les patients monosensibilisés à Bet v1, présentant classiquement un SOC bouleau/rosacées (pomme, cerise) et noisette, et les patients polysensibilisés à Bet v1 et Bet v2 (profiline), qui présentent un SOC arbres + graminées ou armoise / rosacées, ombellifères.11
 

Plus récemment, des publications à partir de la zone méditerranéenne ont décrit des molécules de 9-10 kDa qui sont des allergènes majeurs chez les patients sensibilisés aux membres de la sous-famille des prunoïdées. En effet, ces allergènes, les lipid transfer proteins (LTP), se sont révélées être les seuls reconnus par les IgE chez des patients uniquement allergiques à la pêche, à la pomme, à l'abricot et aux pruneaux, mais pas allergiques au pollen de bouleau. Les LTP isolées à partir des différents fruits de la sous-famille des prunoïdées présentent entre elles une analogie élevée de la séquence d'acides aminés, ce qui explique la fréquence clinique des réactions croisées entre ces différents fruits chez un individu donné. Il s'agit d'allergènes particulièrement résistants à la pepsine lors de la digestion et thermostables. L’importance clinique des LTP se manifeste surtout dans les pays du Sud de l’Europe, avec potentiellement une sévérité particulière des réactions.13


Exemples cliniques et conclusions
 

Deux cas cliniques concernant l’allergie à la cerise (Prunus avium) illustreront les possibilités diagnostiques offertes par les AR, en sachant que la sensibilité des prick-tests commerciaux et des CAP pour la cerise est respectivement de 25 % et inférieure à 5 %, alors que les prick to prick (quoique non standardisables) ont une sensibilité nettement supérieure:
 

  • Exemple n° 1: Une patiente de 32 ans, souffrant de rhino-conjonctivite entre janvier et avril, présente un SOC lors de la consommation de cerises uniquement. Les pricks-tests sont positifs pour les pollens de bouleau, noisetier et aulne, négatifs pour l’extrait commercial de cerise ainsi que le prick to prick effectué avec une cerise. Les CAP pour la cerise sont négatifs. Les pricks avec les AR Pru av 1 (homologue de Bet v 1) et Pru av 4 (profiline) sont positifs alors que Pru av 2 (thaumatine) et Pru av 3 (LTP) sont négatifs, ce qui est typique d’un syndrome oral croisé.
     

  • Exemple n° 2: Un patient originaire d’Espagne présente à l’âge de 26 ans un choc anaphylactique après la consommation de cerises. Il n’y a pas de notion d’atopie. Les pricks tests commerciaux sont négatifs pour les aéroallergènes courants (y compris les pollens de bétulacées) ainsi que pour la cerise. Le prick to prick avec la cerise fraîche est positif. Les CAP sont négatifs. Parmi les 4 AR testés en prick (cf. exemple n° 1), seul Pru av 3 (LTP) se révèle positif. Il s’agit d’un cas typique d’hypersensibilité aux lipid transfer proteins.
     

Ces deux exemples ne doivent pas nous faire omettre de mentionner le fait qu’à l’heure actuelle, il n’existe pas d’éventail d’AR suffisamment complet pour être représentatif de toutes les protéines allergéniques d’un aliment donné. Ainsi, on ne peut espérer pour l’instant que l’AR soit meilleur que l’extrait allergénique total.
 

Au plan du traitement, les avantages potentiels sont les suivants: matériel standardisé, incluant exclusivement les protéines allergéniques (allergènes majeurs ou mineurs) auxquelles le patient est sensible pour l’ITS, en espérant un meilleur impact de l’ITS sur le SOC tout en évitant de nouvelles sensibilisations. Par exemple, pour des cas sélectionnés d’allergie alimentaire grave, associés à peu de symptômes de rhino-conjonctivite ou asthme, le diagnostic par allergènes recombinants est susceptible de permettre de cibler l’ITS de façon plus précise et potentiellement efficace. En effet, il existe la possibilité théorique de désensibiliser les patients gravement allergiques aux arachides (ou aux noix) traités par anti-IgE à l’aide d’AR puissants.14 Pour l’instant, les coûts d’une telle pratique restent élevés et une utilisation clinique courante est impossible.

 

Conclusions
 

L’allergie alimentaire (fruits/légumes) est un problème fréquent chez le patient allergique à une ou plusieurs sortes de pollens, en particulier aux pollens d’arbres (bouleau, noisetier et aulne de la famille des bétulacées) et d’armoise. Les pollens contiennent des allergènes (glyco)-protéiques provoquant des réactions croisées avec certains aliments. Ces allergènes peuvent provoquer des réactions allergiques, le plus fréquemment relativement banales et limitées à la sphère oro-pharyngée, mais également des réactions systémiques. L’allergie croisée latex – fruits exotiques est fréquente et souvent pas banale. Une approche diagnostique allergologique rigoureuse s’impose chez tout patient ayant présenté une réaction anaphylactique. Le diagnostic de SOC repose avant tout sur une anamnèse détaillée qui guidera les investigations ultérieures (bilan cutané avec aéroallergènes, extraits commerciaux d’aliments, prick to prick avec l’aliment frais, dosage des IgE spécifiques le cas échéant). Il faut rappeler que des tests cutanés ou des IgE spécifiques positives ne reflètent pas nécessairement une allergie alimentaire cliniquement significative. En effet, des IgE spécifiques pour un allergène alimentaire peuvent être mis en évidence chez des patients ne présentant pas d'allergie alimentaire. Ce phénomène s’applique également aux AR: à titre d'exemple, 70 % des patients allergiques aux pollens de bouleau, qui avaient toléré la consommation de cerises lors d’un test ouvert de provocation, avaient des tests cutanés positifs avec l’allergène recombinant de la cerise.15
 

En recherche, le recours aux allergènes recombinants obtenus par génie génétique permet l’identification précise des protéines allergéniques responsables des réactions croisées. Les allergènes recombinants permettent de fournir un matériel standardisé pour le diagnostic in vivo et in vitro. Par contre leur interprétation ne pourra se faire en dehors de l’anamnèse et de la présentation clinique.
 

Enfin, après un diagnostic aussi précis que possible, le médecin garde la responsabilité de fournir une information et des conseils adéquats en ce qui concerne les aliments à éviter (repas à l’extérieur !), voire les bénéfices potentiels d’une immunothérapie pollinique spécifique (en raison des réactions croisées qui existent entre pollens et aliments).


Implications pour la pratique et références
 

  • En cas d’allergie alimentaire, un bilan complet comprenant aussi des tests pour les aéroallergènes est indiqué en raison de la fréquence des réactions croisées. Cela est important non seulement en cas de coexistence de symptômes de rhino-conjonctivite ou asthme. Par exemple, en cas d’allergie isolée aux crevettes, il peut exister une hypersensibilité croisée avec les acariens de la poussière et l’introduction de mesures d’éviction pour cet aéroallergène serait aussi indiquée.
     

  • Les tests diagnostiques se basant sur les allergènes recombinants sont caractérisés par une excellente stabilité et permettent l’identification précise des sensibilités et des réactions croisées. Leur coût demeure élevé et leur utilisation reste pour l’instant confinée à la recherche ou à des situations cliniques sélectionnées.
     

  • Dans certains cas, l’ITS dirigée contre les aéroallergènes peut être aussi bénéfique pour les symptômes d’allergie alimentaire croisée. Cependant, en l’absence de symptômes d’allergie respiratoire, une ITS dans le seul but d’agir sur l’allergie alimentaire ne se justifie pas.
     

  • En cas de réactions légères (syndrome oral croisé), une éviction stricte ne doit pas être exigée; il s’agit cependant d’éviter la consommation des aliments incriminés à un endroit isolé, avant ou lors de l’effort et lors de voyages à l’étranger. En cas de réactions anaphylactiques généralisées graves (stades III et IV ou même stades I ou II avec allergènes puissants tels que noisettes, crustacés), les conseils d’éviction des allergènes en cause et la prescription d’une trousse d’urgence (Xyzal cpr. 5 mg, Epipen autoinjecteur Adulte 0.3 mg et Prednisone cpr. 50 mg) seront stricts.

 

Références
 

  1. Sampson H.A. Food allergy : When mucosal immunity goes wrong. J. Allergy Clin. Immunol. 2005, 115:139-141.

  2. Sampson H. Food allergy. J. Allergy Clin. Immunol. 2003, 111:S540-547.

  3. Beyer K. and Teuber S. The mechanism of food allergy : what do we know today ? Curr. Opin. Allergy Clin. Immunol 2004, 4:197-199.

  4. Vieths S., Scheurer S. and Ballmer-Weber B. Current Understanding of Cross-Reactivity of Food Allergens and Pollen. Annals of the New York Academy of Sciences 2002, 964:47-68.

  5. Sicherer S.H. Clinical implications of cross-reactive food allergens. J. Allergy Clin. Immunol. 2001, 108:881-890.

  6. Leung D. et al. Effect of anti-IgE therapy in patients with peanut allergy. N. Engl. J. Med. 2003, 348:986-993.

  7. Helbling A. et al. Fish allergy: is cross-reactivity among fish species relevant ? Double-blind placebo-controlled food challenge studies of fish allergic adults. Ann. Allergy Asthma Immunol. 1999, 83:517-523.

  8. Asero R. Effects of birch pollen-specific immunotherapy on apple allergy in birch pollen-hypersensitive patients. Clin. Exp. Allergy 1998, 28:1368-1373.

  9. Bolhaar S. et al. Efficacy of birch-pollen immunotherapy on cross-reactive food allergy confirmed by skin tests and double-blind food challenges. Clin. Exp. Allergy 2004, 34:761-769.

  10. Bucher X., Pichler W.J., Dahinden C.A. and Helbling A. Effect of tree pollen specific, subcutaneous immunotherapy on the oral allergy syndrome to apple and hazelnut. Allergy 2004, 59:1272-1276.

  11. Kazemi-Shirazi L., Niederberger V., Linhart B., Lidholm J., Kraft D. and Valenta R. Recombinant marker allergens : diagnostic gatekeepers for the treatment of allergy. Int. Arch. Allergy Immunol. 2002, 127:259-268.

  12. Schmid-Grendelmeier P. and Crameri R. Recombinant allergens for skin testing. Int. Arch. Allergy Immunol. 2001, 125:96-111.

  13. van Ree R. Clinical importance of cross-reactivity in food allergy. Curr. Opin. Allergy Clin. Immunol. 2004, 4:235-240.

  14. Roux K., Teuber S. and Sathe S. Tree nut allergens. Int. Arch. Allergy Immunol. 2003, 131:234-244.


Tableau 1
 

Tableau 1: Réactions croisées pollens/fruits ou légumes. Familles d’aliments classées selon la fréquence des réactions croisées.
 

Réactions croisées pollens/fruits ou légumes. Familles d’aliments classées selon la fréquence des réactions croisées

Chaque encadré contient les aliments les plus fréquents et représentatifs d’une famille ou d’un groupe de familles (fruits exotiques et farines, céréales). Juste au-dessous de chaque encadré, figurent les pollens (ou autres allergènes) responsables d’une réaction croisée avec les aliments contenus dans l’encadré sus-jacent. La taille de la police reflète l’importance relative de la réaction croisée. D’après les observations de Sicherer, en cas d’allergie à une légumineuse (p. ex. arachide), le risque de réaction à au moins un autre représentant de la même famille est de l’ordre de 5 %.5 Pour cette raison, il est judicieux de ne pas interdire de façon excessive la consommation d’autres aliments potentiellement à risque de réaction croisée si aucune réaction ne s’est produite jusque-là. Voici d’autres exemples: noix/noisette, noix du Brésil, noix de Cajou: 37 %; pollen de bouleau/pomme, pêche: 55%; pêche/autre rosacée: 55 %; melon/banane, avocat, pastèque: 92%; latex/kiwi, banane, avocat: 35 %(11% pour l’inverse).5

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Tableau 2
 

Tableau 2: Syndromes d'allergies alimentaires croisées les plus importants et allergènes responsables identifiés.
 

SYNDROME D’ALLERGIE ALIMENTAIRE CROISEEALLERGENES RESPONSABLES IDENTIFIES

bouleau / pomme / noisette

Bet v 1, Bet v 2

armoise / céleri / carotte / épices

Art v 1, Bet v 1, profiline

latex / fruits exotiques

Hev b 2, Hev b 7, lysozyme du latex, chitinase de classe I, profiline

ambroisie / banane / melon

profiline

ficus benjamina / fruits exotiques

thiolprotéases

acariens / crustacés / escargots

tropomyosine

lait de vache

-lactalbumine*

blanc d’œuf

ovalbumine*

viande de boeuf

albumine sérique*

oiseau / œuf

livétine

épithelium de chat / viande de porc

albumine sérique

 

 

* l'-lactalbumine croise avec l’ovalbumine et l'albumine sérique.
 

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M. Fontana, F. Spertini, P.-A. Bart et A. Leimgruber

 

Cette revue est basée sur un article paru dans la "Revue Médicale Suisse"