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Le syndrome des anticorps antiphospholipides Introduction: En pratique courante, les événements thrombotiques – veineux ou artériels – ne sont pas rares. De même, dans le suivi des grossesses, les gynécologues ont souvent affaire à des pertes fœtales chez leurs patientes. Jusqu’à quel point ces événements peuvent-ils être considérés comme situation «banale»? Quand et sur quels critères doit-on considérer la possibilité d’un syndrome des anti-phospholipides ? De nombreux efforts ont été réalisés ces dernières années en vue de mieux codifier le diagnostic de ce syndrome, tant sur le plan du laboratoire, que sur le plan clinique. En vue d’uniformiser ces éléments, une première conférence de consensus a eu lieu en 1999 à Sapporo, avec mise à jour de ces critères en 2004 à Sydney, récemment publiée. Le but de ces quelques lignes est de faire le point – sur la base de cette conférence de consensus internationale – sur les éléments nouveaux liés à la classification actuelle et sur les éléments diagnostiques en découlant, en vue de retenir le diagnostic de manière rigoureuse, et d’initier le traitement adéquat dans les différentes situations liées au syndrome des anti-phospholipides. Dans une consultation de médecine générale, la survenue chez un patient d’une thrombose, veineuse plutôt qu’artérielle, n’est pas un événement si rare. Lorsque ce type de problème survient chez une personne présentant un ou plusieurs facteurs de risque expliquant ce type de pathologie (alitement, long voyage, contraception, néoplasie sous-jacente, etc.), une prise en charge habituelle de la thrombose est justifiée. Par contre, si ce type d’événement se produit, chez un patient jeune en particulier, une jeune femme de surcroît, en dehors de situations à risque, une évaluation du risque thrombophilique doit être effectuée, notamment à la recherche d’un possible syndrome des anti-phospholipides. Décrit initialement depuis plus de cent ans maintenant, ce n’est que dans les années 1980 que l’on a mieux compris la relation entre présence d’anticorps anti-phospholipides et thrombose. Les critères permettant de mieux définir ce syndrome ont été formellement établis une première fois en 1999 à Sapporo lors d’une conférence de consensus, révisés en 2004 à Sydney et publiés récemment [1]. Comme on peut le voir dans la figure 1, le diagnostic de syndrome des anti-phospholipides repose sur une base clinique, ainsi que sur des tests de laboratoire. Du premier coup d’œil, on voit que si les éléments cliniques se rapportent uniquement à des pathologies aussi courantes que les thromboses – veineuses ou artérielles – ou aux événements obstétricaux (perte(s) fœtale(s) ou accouchement(s) prématuré(s)), il sera nécessaire de disposer de méthodes de laboratoire assez spécifiques pour ne tomber dans l’excès de diagnostics de syndrome des anti-phospholipides, avec ce que cela comporte comme conséquences cliniques et thérapeutiques… En effet, la présence d’un seul critère clinique associé à la présence d’un seul critère de laboratoire suffit (mais l’association des deux est indispensable!) pour retenir le diagnostic de syndrome des anti-phospholipides. Dès lors, il est crucial de bien préciser ces critères: pour la clinique, la thrombose peut se produire dans n’importe quel lit vasculaire – artériel ou veineux, y compris au niveau de petits vaisseaux – pour autant que l’événement thrombotique ait été prouvé par un examen radiologique ou histologique (Figure 1). Pour cette dernière méthodologie, on requiert l’absence de phénomènes inflammatoires au niveau de la thrombose, car ils feraient alors intervenir d’autres mécanismes à l’origine de cette lésion. Toujours sur le versant clinique, les problèmes obstétricaux ont une valeur importante: la survenue d’une seule perte fœtale inexpliquée au-delà de la 10ème semaine de grossesse (voir Figure 1) permet de retenir ce critère clinique. Les épisodes de perte fœtale survenant avant dix semaines de grossesse sont moins significatifs; néanmoins, à partir du troisième épisode de perte fœtale en deçà de 10 semaines de grossesse, on pourra aussi retenir ce critère, après exclusion de problèmes hormonaux ou anatomiques maternels, ainsi que de causes chromosomiques maternelles ou paternelles. Finalement, non seulement les pertes fœtales, mais également une naissance prématurée (avant 34 semaines de grossesse) d’un nouveau-né normal pourra représenter un critère de diagnostic, à partir du moment où elle s’inscrit dans le cadre d’une éclampsie ou d’une pré-éclampsie sévère, ou d’une insuffisance placentaire bien reconnue. Ainsi, pour ne pas risquer de poser des diagnostics cliniques excédentaires de syndrome des anti-phospholipides, il s’agit de considérer très précisément les tests de laboratoire qui représentent l’autre versant de ce syndrome… La révision de ces critères a également permis d’améliorer leur rendement en ce qui concerne le laboratoire. En effet, en plus de la recherche de l’anticoagulant lupique et des anticorps anti-cardiolipines, on a maintenant adjoint aux critères de laboratoire la recherche des anticorps anti La présence de méthodes de type ELISA dans les critères de laboratoire est une aide inestimable: en effet, en cas de thérapie anticoagulante empêchant la réalisation de tests de coagulation à la recherche d’un anticoagulant lupique, on pourra tout de même pratiquer des investigations dans le cadre d’un potentiel syndrome des anti-phospholipides par le biais de ces méthodes sérologiques. Un autre point important apparu suite à la réunion de consensus de Sydney se rapporte à l’adjonction des anticorps anti- Le but des lignes précédentes est essentiellement de rendre attentif le lecteur à l’importance d’envisager un diagnostic tel que celui de syndrome des anti-phospholipides dans certaines situations cliniques, et de procéder à sa recherche au moyen de critères récemment mis à jour et publiés dans la littérature médicale spécialisée. L’indication, le type et la durée du traitement après reconnaissance d’un syndrome des anti-phospholipides restent compliqués, et souvent l’affaire de spécialistes. Néanmoins, nous proposons comme lecture de revue deux excellents papiers récents: le premier [3], publié dans JAMA, donne un très bon résumé du syndrome, avec en prime un algorithme de traitement fort utile; le second [4], issu du groupe de M. A. Khamashta à Londres, expose de manière très agréable à lire – au moyen de cinq cas bien choisis – les différentes facettes du syndrome des anti-phospholipides, et l’attitude à suivre pour chacune, notamment sur le plan thérapeutique. Finalement, pour les personnes intéressées à la physiopathologie de ce syndrome, on peut recommander la lecture d’un papier très récent et bien documenté, celui de Silvia S. Pierangeli et al., publié en novembre 2007 [5].
Références:
Dr Pierre-Alexandre BART Cette revue est basée sur un article paru dans la "Revue Médicale Suisse"
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